Liban, musique, Mashrou Leila

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http://www.rfi.fr/moyen-orient/20121003-mashrou-leila-nous-aimerions-voir-choses-changer-liban-hamed-sinno-karim-ghattas
Mashrou' Leila : «Nous aimerions voir les choses changer» au Liban

Aujourd'hui, le groupe ne compte plus que six membres.
DR
Par Géraud Bosman-Delzons
Le 6 septembre, le groupe libanais Mashrou’ Leila a renoncé à se produire à Beyrouth en première partie des Red Hot Chili Peppers. Ces derniers devaient ensuite se produire en Israël, ce qui leur a valu un appel au boycott. Si les stars américaines ont rassemblé 15 000 personnes, les jeunes artistes locaux ont préféré annuler. Ce groupe a pourtant un fort tempérament et est fier de son identité « underground ». Il porte un regard acéré sur la société libanaise et salue un printemps arabe porteur d’espoirs. Interview de Hamed Sinno, le chanteur, et Karim Ghattas, manager, avant leur concert à Paris.

RFI : Votre boycott a fait polémique. Aviez-vous reçu des pressions avant ce concert ?

Mashrou’ Leila : Plein d’hypothèses fausses circulent sur la décision que nous avons prise de ne pas nous produire avant les Red Hot. Nous avons décidé de ne pas revenir sur cette polémique. Ce que nous pouvons dire, c’est que des pressions – plus grandes que celle-ci qui a eu une résonnance particulière -, il y en a à chaque concert que nous donnons, que ce soit au Caire, à Amman ou à Beyrouth… Nous sommes menacés, parfois physiquement, pour les idées que nous défendons. Mais Mashrou’ Leila est un groupe courageux, il résiste.

Avez-vous été blessés ou dépassés par cette déferlante de critiques ?

Pas tant blessés que mal à l’aise par rapport à des questions auxquelles nous n’étions pas encore capables de répondre.

Refuser de se produire avant un tel groupe, ce n’est pas une erreur stratégique ?

Effectivement, cette première partie, c’était une opportunité professionnelle. On ne l’a pas saisie. Mais il est évident que cette situation se reproduira. Cela ne veut pas dire que nous prendrons la même décision à l’avenir. Dans ce pays, les situations ne sont jamais les mêmes.

Avant cet incident, vous étiez qualifiés de consensuels. C’est un compliment pour un groupe qui se dit engagé ?

Il faut forcément un peu de consensus pour toucher et fédérer notre public, très divers, qui ne comprend pas toujours le langage de nos chansons. D’un autre côté, nous n’avons pas bonne presse partout au Moyen-Orient, à cause des combats qui sont les nôtres. Tout le monde n’est pas d’accord avec nos textes, loin de là. Mais quand on aborde un sujet auquel on croit – le droit des homosexuels par exemple –, on le fait sans attaquer ceux qui ne pensent pas comme nous.

Dans « Le Check-point », vous dénoncez l’ultra-sécurité régnante au Liban. Dans « Min el-Taboor », vous dites votre ras-le-bol des religions. Pour vous, c’est de l’engagement ?

Oui. Cela peut paraître facile, mais c’est très important dans cette région de choisir la façon dont on dit les choses, surtout quand elles ne sont pas consensuelles. La censure existe au Liban. La religion, c’est une liberté individuelle, nous n’avons rien contre. Quand on critique le confessionnalisme [qui régit le système politique libanais, ndlr], la majorité des gens n’est pas d’accord non plus avec ce fonctionnement, mais elle ne peut rien changer. On vote pour des gens en fonction de leur religion et non en fonction de leurs idées et de leurs compétences. C’est ridicule.

Les groupes indépendants ont-ils leur place au Liban ?

Non, c’est impossible d’exister. La musique qui passe sur les radios libanaises est très commerciale. Les médias, les grosses distributions sont aux mains d’une poignée de gens. Donc quand on ne rentre pas dans le cadre, on ne passe pas. On a d’ailleurs plus d’audience à Tel Aviv qu’à Beyrouth ! Mashrou’ Leila est le premier groupe à être sorti de cette scène underground. Sans faire de la musique mainstream, elle est en voie d’obtenir la même reconnaissance populaire que des stars de la variété. Cette reconnaissance passe par des lives et internet. C’est paradoxal : Mashrou’Leila n’est pas diffusé sur les ondes, mais elle a un réseau de fans qui lui permet de se produire dans les festivals les plus importants.

Quand Mashrou’Leila s’est formé, en 2008, le printemps arabe était encore loin. Mais vos textes, déjà descriptifs et critiques d’une société archaïque à vos yeux, sont aujourd’hui dans l’air du temps arabe. Comment vous inscrivez-vous dans cette vague révolutionnaire ?

Nous avons commencé à composer avant le printemps arabe, donc il ne nous a pas influencés. C’est un concours de circonstances. Par exemple, nous avons donné un concert en Egypte quand les choses ont commencé à bouger, place Tahrir, au Caire. Nous leur avons dédicacé l’une de nos chansons. Bien sûr, nous soutenons toutes les tentatives visant à améliorer les droits de l’homme et les libertés individuelles au Moyen-Orient. La région est en train de se transformer en profondeur et nous avons beaucoup d’espoir pour que les choses évoluent dans le bon sens. Mashrou s’est produit dans à peu près tous les pays du monde arabe, c’est un succès fou pour un groupe qui n’a sorti que deux albums et qui ne correspond pas du tout au marché actuel moyen-oriental.

La « révolution du Cèdre » date de 2005. Mais c’était moins une révolution sociale qu’une libération. La récente polémique a montré que vous n’êtes pas libérés des pressions. Est-ce que vous appelez au changement ?

Nous nous sommes libérés de l’occupant syrien qui était infiltré dans toutes les affaires du pays. Aujourd’hui, il n’y a plus de gens qui nous surveillent. Mais c’est plus insidieux. Oui, nous aimerions voir les choses changer. On y arrive, mais la route est encore très longue. Les Libanais sont divisés sur la direction que le pays doit prendre. Si l’on veut le changement, cela signifie un système démocratique et laïc. Si l’on veut un système démocratique laïc, il faut se débarrasser du confessionnalisme, ce qui signifie que les gens au pouvoir vont le perdre, et que le système d’alliances avec les puissances étrangères (Etats-Unis, Iran) va s’effondrer. Il y a trop de facteurs extérieurs pour que les choses changent au Liban.

On dit son genre pop rock, mais en réalité, Mashrou’ Leila est inclassable. La création est vraiment la marque de fabrique du groupe. D’ailleurs, on lit souvent que c’est tout, sauf du déjà-vu…

C’est un honneur, mais c’est très difficile de faire quelque chose de totalement nouveau. Si une chanson se rapproche trop du rock, les autres musiciens vont essayer de s’en éloigner. On équilibre. On ne veut pas rentrer dans un genre. Il y a des sonorités rock, jazz, blues, tarab, etc. Chacun apporte sa contribution, ensuite on voit ce qui en sort. Il n’y a aucun instrument d’origine orientale chez Mashrou’ Leila, mais il y a des influences liées à notre façon de vivre. Il y a aussi nos origines et nos parcours, très différents. Ce groupe est composé de toutes les religions que contient le Liban. C’est ce melting-pot qui explique notre succès.

Mashrou’ Leila, La Cigale, mercredi 3 octobre, 20 heures.http://www.jornada.unam.mx/2012/10/05/espectaculos/a08n1esp
NY ska jazz

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